Débat – Quand la violence devient le seul langage …

B.Boulay 25 novembre 2017 Commentaires fermés sur Débat – Quand la violence devient le seul langage …
Débat – Quand la violence devient le seul langage …

« Espèces menacées »de Gilles Bourdos lance un coup de poing dans la fourmillière. Il montre la montée de la violence, les facteurs qui la déclenchent, les relations familiales au coeur de ces situations destructrices. Que peut-on faire ? Quel est le rôle de chacun face à la violence ? Un brouhaha d’émotions et d’interpellation pour ouvrir le débat avec le CIDFF (centre d’information pour le Droit des femmes et des familles).

Tous les 3 jours une femme meurt sous les coups de son conjoint (ou ex). 13% seulement des femmes violentées portent plainte … On est  loin du compte !

Les lignes se perdent

Les premières images s’inscrivent comme une longue échappée un peu folle sur la rocade de Nice, dans l’insouciance d’une fête arrosée, mais déjà les lignes se perdent. Très vite, la nuit de noce vire au cauchemar. La jeune mariée ne reconnait plus ce Tomasz-là, insistant et pervers, qui joue à être un autre et laisse éclater sa jalousie. Il vient d’épouser Joséphine, mais déjà il l’a perdue. Il se plait à saccager ce qu’il vient « d’acquérir ».

Relations destructrices

On sent le film basculer. On parle bien de violences et de relations humaines destructrices. Avec des acteurs comme Alice Isaaz (Joséphine), Vincent Rottiers (Thomasz) et Grégory Gadebois (le père de Joséphine) qui sont d’une justesse renversante, le réalisateur Gilles Bourdos explore l’humain, dans ce qu’il a de plus sombre et de plus contradictoire. Le film se déroule d’ailleurs dans des lieux de transits,  des voies rapides, des couloirs excepté cette magnifique palmeraie. Plus l’intrigue devient sombre, plus les images sont lumineuses.

Affronter le regard des autres

Si on connait mieux la multiplicité et la complexité des violences, la diversité et la spécificité des contextes, on se trouve toujours aussi démuni pour faire face à ces situations. Exercée dans le cadre privé, la violence conjugale est encore largement tue, cachée. Joséphine est complètement paniquée, quand elle arrive aux urgences et que le médecin se fait invasif. Elle panique complètement quand l’infirmière fait des photos et elle préfère la fuite que ce qu’elle lit dans le regard de cette équipe.

Une femme sur 10 subit des violences

On sait aujourd’hui que c’est un phénomène de grande ampleur. 157 personnes (133 femmes) sont mortes sous les coups en 2016. « Une femme sur 10 subit des violences, remarque Amandine Bey, directrice du CIDFF, vous en avez donc obligatoirement une dans votre entourage proche sans le savoir« . Joséphine fuit sa famille. « Tu me surveilles ? », reproche-t-elle à son père, avant qu’il ait pu lui dire quoi que ce soit.

Sous emprise

Et quand elle va voir sa mère à la boutique, son SOS se transforme en explosion de désespoir rageur. Elle accuse : « Depuis que je suis toute petite, tu as toujours décidé de tout pour moi« . Elle a voulu s’émanciper, mais elle est tombée sous l’emprise de son mari qui se comporte en prédateur avec elle. La violence est un abus de pouvoir sur l’autre. Lucide, Joséphine en veut à ceux qui ne l’ont pas protégée. Sa mère pense qu’il est trop tard. Son père, qui a toujours suivi, décide d’aller jusqu’au bout pour la sauver au risque de se renier.

Une situation qui évolue

Aider ces femmes violentées ne s’improvise pas, mais la situation a bien évolué ces dernières années. Des agents sont spécifiquement au niveau des forces de l’ordre. Il y  a quelques téléphones grand danger et surtout, une coordination plus pertinente entre les structures sociales d’hébergement et d’accompagnement, la justice, la santé et les forces de l’ordre. Les conséquences des interventions policières sur la femme violentée sont réfléchies avant.

Une peur irraisonnée

Le voisin prend les choses avec plus de distance que lorsqu’il apprend que sa fille, Mélanie, épouse un homme qui pourrait être son grand-père. Ce qui lui permet de glisser discrètement une adresse sans en avoir l’air. Mais l’accueil désincarné de la structure désarçonne Joséphine. Elle est sur ses gardes, fébrile, à l’affût et quand le téléphone sonne avec insistance, c’est obligatoirement son mari puisqu’elle en fréquente plus personne, une peur irraisonnée s’empare d’elle. Elle ne peut plus penser, seulement fuir, le plus vite possible au point d’en oublier les autres.

9 tentatives pour un départ

« Il faut savoir qu’il faut en moyenne 9 tentatives (parfois ça peut aller jusque 30), pour parvenir à partir, et de 23 à 30 violences pour déposer plainte, témoigne Amandine Bey. Pousser la porte d’une structure d’aide n’est pas évident, c’est pour ça qu’il faut permettre à la femme qui le fait de se poser, l’écouter et prendre conscience de la spécificité de sa situation. Souvent, on ne comprend pas qu’elles ne réagissent pas avec rationalité, mais elles n’ont plus les mêmes repères. Les humiliations et les harcèlements font qu’elles n’arrivent plus à penser. Elles sont en mode survie ».

Ensemble, l’espoir

Chaque femme prendra un chemin unique pour passer de la parole à l’action, pour concrétiser des solutions qui lui appartiennent. Les groupes de paroles leur font énormément de bien, parce qu’elles se reconnaissent. Elles ne se sentent pas jugées. Elles partagent un vécu hors normes, intolérable, au delà des limites. Elles partagent des souffrances, qui laissent un champ de bataille en elle, mais de se retrouver ensemble à lutter, c’est de l’espoir. Rien n’est gagné, mais c’est le début d’une issue comme le bébé de Joséphine à la fin du film …

 

 

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