Festival International de Géographie – « Lire l’actualité du monde à travers les lunettes de la géographie »

B.Boulay 27 septembre 2017 0
Festival International de Géographie – « Lire l’actualité du monde à travers les lunettes de la géographie »

Christian Pierret, ancien maire de Saint-Dié-des-Vosges, ex-ministre de l’industrie et des petites entreprises, député et Fondateur du FIG en 1990, nous parle du Festival et de l’édition 2017. (Article en partenariat avec La Semaine www.lasemaine.fr)

  • Vous êtes le fondateur du Festival international de géographie de Saint-Dié, pourquoi associer cette ville à la géographie ?

La 1ère année où j’ai été maire à Saint-Dié en 1989, je cherchais à rehausser la politique culturelle de la ville. Je voulais trouver dans l’histoire de la vie locale, quelque chose qui soit enraciné et puisse porter la ville plus loin. Et j’ai découvert dans une présentation de Vautrin Lud, que c’est à Saint-Dié en 1507 que le nom « América » fut donné pour la 1ère fois

dans l’histoire au nouveau continent. Il semble que l’explorateur Florentin, Amérigo Vespucci, ait été le premier à déclarer que ces terres nouvelles découvertes à l’Ouest n’étaient pas les Indes, mais un Nouveau Monde. On leur a donc données son nom Amerigo, mais comme les continents avaient reçu des noms féminins, c’est devenu América. Le Gymnase Vosgien, groupe d’érudits animé par le chanoine Vautrin Lud, s’est vu confier le récit de ses expéditions et la réalisation d’une série de cartes de ce nouveau monde. J’ai pris ce point de départ pour construire le Festival de géographie.

 

  • Et quel intérêt peut avoir la géographie pour la population ?

Le 1er Festival portait sur les découpages et les ruptures du monde, entre le monde soviétique et le monde occidental, il se donnait pour ambition de réunir des géographes de renommée internationale pour étudier ce qui divise les gens et ce qui peut les réunir. Nous avions même mis en place à la fin du Festival, la proclamation d’une résolution des géographes sur ce qui était une priorité à traiter, une direction politique pour favoriser l’expansion pacifique. Je voulais une utopie mobilisatrice ( au sens du philosophe Ernst Bloch) c’est à dire qui fasse émerger de nouvelles façons de penser et de faire, pour résoudre un problème mondial et faire avancer l’humanité. Le Festival de Géographie c’est une façon d’aborder un sujet d’actualité comme la faim, l’eau, la guerre, l’innovation, l’énergie, le climat … à travers l’analyse des géographes. J’ai voulu en faire une manifestation à la fois de qualité et populaire, avec une réflexion de haut niveau mais qui reste compréhensible, et une vulgarisation par les arts, la musique, le cinéma, les expos, les livres… De la géographie pour tout le monde, qui aborde les sujets qui préoccupent tout le monde ! Et nous avons réussi !

 

  • Le Festival s’est fait une réputation. Est-ce qu’il est arrivé à ce que vous souhaitiez en faire ?

Ce qui fait un festival, c’est l’impulsion qu’on lui donne. Nous avons eu pour l’emmener de grands géographes comme Jean-Robert Pitte membre de l’Académie des sciences morales et politiques à la tête de l’association de développement du FIG en bibôme avec Gilles Fumey enseignant chercheur en géographie (toujours à la présidence). Nous avons un accord avec L’Union Géographique Internationale (UGI) pour que des géographes internationaux participent à l’événement. Nous avons reçu un prix de l’Académie des sciences morales et politiques. Et ça marchait tellement bien que Jacques Lang est venu débaucher le directeur du FIG pour créer son Festival de l’histoire à Blois. Nous avons réussi à faire de la géographie, une science pivot aux confins des autres sciences et des sciences humaines. L’attrait de ce Festival est d’instaurer une vraie proximité entre les intervenants et les festivaliers. Les conférenciers sont accessibles et répondent aux questions des habitants.

 

  • Où voulez-vous emmener le Festival à l’avenir ?

Je ne suis plus que président d’honneur, mais je reste passionné et je ferai passer l’intérêt public avant les opinions politiques. Depuis 2 ans, le FIG a perdu un peu de son élan. Il tend plus vers un congrès de spécialistes. Il faut lui garder son aspect humaniste et tout public. On appelle de nos vœux, l’an II, un FIG qui se renouvelle, mais pour ça, il a besoin d’une direction qui passe toute l’année à dynamiser les équipes. Le Salon du livre du FIG est le 2e de tout le Grand Est ! Il n’y a pas d’autre manifestation qui accueille les géographes pour parler de l’avenir ! Il faut de nouveau insuffler une flamme qui vit et qui vibre ! Le FIG doit être un lieu de rencontre populaire, culturel et accessible. Il faut que la géographie aide les gens à réfléchir. Il n’y a pas tant de lieux pour réfléchir ! Le FIG, c’est à la fois scientifique et festif et ça doit le rester ! Le FIG ne doit pas se déconnecter des préoccupations des gens. Je voudrais que le FIG rayonne. C’est un événement qui engage tout une ville et devrait en emmener d’autres avec lui. C’est au maire de trouver son leader.

  

  • Qu’apportent les pays étrangers invités ?

Ce qui manque aux peuples européens, c’est la confiance en l’avenir. Les entrepreneurs sont timorés. Ils redoutent l’innovation et la prise de risques. Les Chinois voient les choses autrement. Ils travaillent beaucoup pour être plus forts demain. Les taoïstes considèrent l’avenir comme un progrès. Ils sont tendus vers un avenir amélioré. Pour eux, c’est le vide qui crée le mouvement. C’est fascinant ! C’est une autre façon d’aborder l’évolution des sociétés, une véritable ouverture !

 

  • Que nous prépare l’édition 2017 ?

Le FIG 2017 se déroulera les 29 et 30 septembre et 1er octobre. Il abordera la question de la relation entre les animaux et les hommes, avec de multiples déclinaisons. On y parlera des abattoirs, de corrida, du loup, des nuisibles … des animaux symboliques et de la vache sacrée ! Au cœur du Festival, il y a la nécessité de décarbonner, l’extinction des espèces, les élevages et le méthane, la santé publique, le végétarisme et le véganisme, qui font l’actualité. Quelle place et quel rôle, l’animal tient-il dans nos sociétés modernes ? L’homme est-il un animal comme les autres ? Si l’homme est un loup pour l’homme, où cela nous mène-t-il ? Le pays à l’honneur est l’Afrique du Sud. Un pays riche de vastes gisements, mais où la pauvreté a doublé en 10 ans. C’est un pays qui n’en a pas fini avec l’oppression raciale et qui garde l’empreinte d’une terrible guerre civile. Mais ses immenses réserves posent la question du rapport de la vie sauvage et domestique.

 

  • Qui seront les grands noms de cette édition ?

Michel Pastoureau, historien spécialiste du Moyen-âge, présidera cette 28e édition. Le Salon du livre aura une présidente, l’écrivaine, Lydie Salvaire, prix Goncourt en 2014 pour « Pas pleurer » et Jean-Claude Guillebaud, philosophe, interviendra comme grand témoin. 60 géographes et intervenants assureront 130 conférences avec un format mini à destination des enfants. Le FIG attend le meilleur sous toutes ses formes pour séduire ses 60 000 visiteurs !

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