Festival de Géographie – Le temps, un enjeu sociétal …

B.Boulay 1 octobre 2016 0
Festival de Géographie – Le temps, un enjeu sociétal …

Vendredi soir, la ville de Saint-Dié ouvrait son Festival de Géographie sur le temps qui passe … de plus en plus vite ! « Oui, nous avons la sensation d’une accélération, les rapports de force changent et les inégalités s’accroissent. Beaucoup restent sur le bord du chemin », constate Christian Pierret, Fondateur du Festival et ex-maire de Saint-Dié. Alors comment gérer cet enjeu sociétal ?

« Nous vivons sous l’empire du stress. Nous avons la perception d’une accélération, mais il y a des cycles de la vie, analyse Christian Pierret. Tout bouge, pour que rien ne bouge ». Pour que la vie continue, il faut des équilibres. Quand on perturbe l’équilibre d’un coté, il y a un « effet papillon » et des conséquences en cascades.

Une accélération de la technique

« Avant on se déplaçait à 15km/h, aujourd’hui, c’est plutôt 1000km/h en avion ou des milliers de km/h pour la sonde spatiale, poursuit l’ancien maire.  D’ailleurs, on estime les déplacements en temps. (On parle de 2h pour aller à Strasbourg et pas de 128 km). « L’espace est aboli. Il est remplacé par le temps. Avec le Net, il n’y a plus de distance. On est dans l’instantanéité et ça nous change la vie. On va travailler de plus en plus chez soi et utiliser les nouvelles technologies pour pallier la distance, mais ça change également les rapports de force« .

Il y a beaucoup de monde sur le bord du chemin

« Une info chasse l’autre, constate-t-il et l’info devient une émotion, les médias jouent sur l’affect ! Le temps coûte de l’argent et les flux de capitaux qui dirigent le monde sont extrêmement sensibles à ces réactions. Mais tout n’évolue pas pour le mieux ! Il reste beaucoup de monde sur le bord de la route. Il y a des exclus de  l’accélération, ceux qui ne courent pas assez vite et tombent dans la rue. On crée des inégalités culturelles, sociales, Nord-Sud, métropole-ruralité, … On peut accuser les politiques de ne pas savoir gérer cette course infernale, mais le problème est dans une désynchronisation des progrès et des divers temps« .

La société doit reprendre le contrôle

La fulgurance technologique s’oppose à lenteur des lois et des régulations, l’augmentation de la consommation à la diminution des ressources, le développement industriel aux écosystèmes … Le temps local n’est pas le temps global … « On n’est pas égaux devant le réchauffement climatique, cite en exemple Christian Pierret, le Bangladesh sera plus exposé et plus vulnérable que des pays occidentaux pourtant à l’origine du réchauffement. L’enjeu est un enjeu sociétal. La société doit reprendre le contrôle et dominer la technique par son organisation. Nous ne voulons pas être les déchets mais les acteurs du futur« .

Contribuer à la connaissance collective

Le FIG a 26 ans cette année. « 26 ans, c’est l’âge où ayant trouvé son ancrage, on commence à déployer son histoire, compare Laurent Maubrun, Sous préfet de Saint-Dié. On parle d’accélération. Si cette idée est un lieu commun, elle est à la croisée de nombreuses réflexions. Piloter des politiques impactées par des changements de rythmes, nécessite d’allonger le temps, de s’extraire de l’agitation et de se projeter sur des plans pluriannuels. L’enjeu majeur de notre société est d’apporter une contribution à la connaissance collective, pilier de l’économie de demain« .

Tout ce qui nous fait peur a déjà été vécu

 » Ce n’est pas aux historiens de penser le temps, puisqu’ils font du temps leur matériau, raisonne Patrick Boucheron, président du Feastival 2016. Il n’y a pas une génération qui n’ait eu la perception d’une accélération ! Tout ce qui nous angoisse, tout ce qui nous fait peur, a déjà été vécu. C’est entre 1280 et 1320 qu’on a commencé à mesurer le temps. Le temps est mesurable parce qu’il est une marchandise. Consommer le temps des autres parce que nous sommes débordés,a un impact social ».

Notre monde est désespérément long à penser sa mutation

« Le monde n’a pas trouvé les enjeux philosophiques de son temps. Nous n’avons aucune ressource sociale sérieuses pour comprendre ce qu’il se passe. Notre monde est désespérément long à penser sa mutation. Le monde va toujours à la même vitesse, mais ce qui change, c’est notre capacité à en saisir l’impact et les enjeux. Y réfléchir contribue à une intelligence collective« .

Où place -t-on le curseur ?

Mouvance des enjeux, mouvance des  frontières, où place -t-on le curseur ? « Vous êtes ici dans une ville qui croit à la modernité, à la nécessité de se projeter, déclare David Valence, maire de Saint-Dié. Amis belges, vous êtes ici chez vous car il y a un millénaire, nous  étions en Gaule Belge. L’histoire nous invite à l’ouverture ». Le Festival aussi.

Commentez l'article »