Myriam El Khomri – Le travail durable, cette denrée rare et convoitée …

B.Boulay 19 mars 2016 0
Myriam El Khomri – Le travail durable, cette denrée rare et convoitée …

Dans les Vosges, on manque de travail, mais pas d’initiatives ! Myriam El Khomri, Ministre de l’emploi et de la formation, est venue vendredi se frotter à la réalité de terrain en commençant par Minos à Monthureux-sur-Saône, qui développe l’économie sociale et solidaire. Elle a poursuivi à la Fromagerie de l’Ermitage à Bulgnéville, un autre Business modèle. Les syndicats et les salariés, l’attendaient de pied ferme !

FO et la CGT étaient au Rendez-vous. Le comité d’accueil avait installé son campement devant le portail de Minos, bien encadré par une rampe de gendarmes. Même si  l’esprit était bon enfant, les militants ne veulent pas de cette loi qui remet en cause le code du travail et les avantages acquis. La flexibilité, ils la vivent déjà et pour eux, pas question de légaliser le chantage à l’emploi ! Ils avaient bien l’intention d’être entendus !

Remobilisation professionnelle

Minos a intégré ses nouveaux locaux à l’été 2015. Ici, l’association ne manque pas d’espace ! Elle travaille à l’insertion professionnelle des personnes éloignées de l’emploi. L’association propose de la remobilisation professionnelle en cuisine, avec un atelier ludique autour des mots et bien d’autres choses pour se remettre dans le bain.  Puis les personnes intègrent l’atelier d’insertion de la recyclerie. Les salariés s’occupent de la collecte d’objets qui ne servent plus et les trient.

Un contrat de merrains avec la Tonnellerie de France

Des bénévoles les remettent en état en état ou les transforment dans le cadre de Récup’Arts sur les conseils de Babette, une artiste prestataire. Ils sont une quarantaine. Enfin, Minos a un contrat de merrains avec la Tonnellerie de France pour fabriquer des cubes en bois de chêne, qui servent à bonifier le vin placé dans des cuves en inox. Le contrat de 2,5 Tonnes/ mois de cubes de bois, lui permet d’assurer une rentabilité de l’activité. L’atelier Bois fabrique aussi de magnifiques Sapins design vendus sur Internet.

Le pied à l’étrier

Ici, tout le monde a plusieurs casquettes et c’est un atout ! Mickaël, Gérard et Jérémy sont agents de collecte. Excepté Gérard qui sortait de l’école, ils ont connu le chômage prolongé. Carole, agent de tri, y est restée 6 ans et elle ne voyait plus le bout du tunnel. Ayant entendu parler de Minos, elle est venue se proposer comme bénévole. Aujourd’hui, elle a un contrat. « Si on est là, c’est pour se remettre le pied à l’étrier ou comme Gérard, acquérir une expérience du travail », explique Carole.

Un travail qui a du sens

Tous espèrent pouvoir se diriger ensuite vers un emploi durable. « C’est un tremplin vers autre chose, mais ça a du sens, défend encore Carole. On donne une 2e vie aux objets. Ça fait mal quand on voit ce que les gens jettent alors que certains n’arrivent pas à avoir le nécessaire. On lutte contre la surconsommation. Il faut se réveiller un peu. Il est temps de s’y mettre ! ».

Un travail durable

Le développement durable ici n’est pas un vain mot ! Les salariés ont plaisir à travailler et ils ont l’impression de le faire pour l’intérêt commun. Minos emploie 6 CDI et 11 emplois en insertion. A la Ministre, les salariés ne demandent qu’une chose, créer les conditions pour que tous puissent avoir un travail durable ! Ils n’ont que 2 mots à lui transmettre : CDI et avenir … Le message est clair !

Devenons un labo

« Minos développe un éco-système social et solidaire« , déclare le président. « L’association rapproche 3 secteurs, public, association et entreprise, qui n’ont pas la même culture, ni la même approche. Pour réussir, il faut une combinaison de la force du bénévolat, des fonds publics et un partenariat avec une entreprise. Dans un territoire très rural comme Monthureux-sur-Saône, soit on attend la mort de notre village, soit on joue en attaque ! Devenons un labo … et faisons venir ces entrepreneurs sociaux ! ».

Faire vivre nos villages

« C’est fini, on ne vivra plus jamais comme avant, insiste le directeur, Raynald Magnin-Coeurdacier, et on veut participer à la construction d’un nouveau modèle. Il faut faire vivre nos villages tant qu’ils ont encore des commerces et des services. Il faut créer des emplois durables et inciter les jeunes à venir nous rejoindre!« . Minos candidate à l’expérimentation zéro chômeurs. 10 secteurs seront choisis et elle espère en être. « Si l’activité solidaire n’est pas rentable, elle a un intérêt social et aide les gens à retrouver un travail sur la durée ».

L’ESS n’est pas négligeable

« Je suis venue pour m’enrichir des démarches innovantes, témoigne Myriam El Khomri. On a souvent l’impression que l’économie sociale et solidaire est très minoritaire, mais c’est 10% de l’économie française, 2,5 millions de salariés et 14% de l’emploi privé. En Lorraine, c’est 80 196 salariés, soit plus d’1 salarié sur 10. C’est une façon d’entreprendre innovante, une économie durable et responsable en direction du territoire et de ses habitants. Elle s’appuie sur un savoir faire avec un souci du résultat et la filière bois est une richesse pour le pays. Nous y sommes très attentifs ».

Un modèle adapté au monde d’aujourd’hui

Mais Myriam El Khomri ne peut pas botter en touche, il lui faut aborder la loi du travail. « Nous devons construire un modèle social adapté au monde d’aujourd’hui. Nous devons être capables de nous adapter, donner de la visibilité aux chefs d’entreprise en développant la sécurité des salariés. L’immobilisme peut miner notre modèle social et beaucoup de personnes restent exclues du monde du travail. Les victimes sont les gens les moins qualifiés. Nous créons de nouveaux droits avec le compte personnel des salariés ». Elle parle de contrat de confiance et de négociation dans les entreprises et cite en exemple le détournement des ruptures conventionnelles …

Allo la lune, … ici la terre  ?

Le seul problème, c’est que les salariés n’ont pas l’impression d’être plus sécurisés et que si les employeurs les jettent comme des kleenex, ils ne trouveront pas d’autre travail, puisqu’il n’y en a pas ! Les employeurs n’embaucheront pas plus puisque les marchés sont en panne. Et les jeunes ont l’impression qu’on leur offre encore plus de précarité alors qu’ils n’arrivent déjà pas à démarrer dans la vie. Les salariés en ont parlé à la fromagerie de Bulgnéville  et Myriam El Khomri a reçu une délégation des manifestants. Allo la lune, … ici la terre  ?

 

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