Une société polonaise réclame « son dû »

B.Boulay 3 décembre 2013 0
Une société polonaise réclame « son dû »

Ils sont cinq ouvriers polonais et leur patron. Ils travaillaient comme prestataire pour la société Keforest sur la pose de structure bois. Aujourd’hui en France avec un contrat « arrêté en cours » et tout crédit bloqué, ils réclament ce qu’ils estiment être leur dû. Ils veulent obtenir la certitude d’une négociation à l’amiable ou à défaut d’une procédure, avant de repartir.

Pas facile de se défendre quand on ne parle pas la langue. Avec l’aide d’un traducteur, la CGT finit par cerner la situation.

Prestataire de Keforest pendant 8 ans

La société polonaise Przybbud Pol, dont le dirigeant est Zbigniew Przyborowki, travaille depuis 8 ans avec Keforest. Ils se sont rencontrés sur un salon professionnel à Paris, où ils cherchaient tous deux des marchés et ont fait affaire. La société polonaise vient en France pour des chantiers déterminés.

Des montants inférieurs

Ils travaillaient en confiance. Tout se passait bien. Mais depuis 2010, le patron polonais s’aperçoit que le montant versé n’est pas celui qu’il estime dû. On leur retirerait de la location de matériel qui devrait être prise en charge par Keforest,  et l’entreprise ne tiendrait pas compte du travail supplémentaire, quand elle leur demande de changer de plans.

Depuis 2010, l’équipe polonaise reconnaît qu’elle est payée, mais elle estime que le total n’y est pas. Quand ils ont essayé de savoir pourquoi, ils disent ne pas avoir eu de réponse.

Valse des sociétés

Keforest a été placée en redressement judiciaire le 29 avril 2009. Elle a été liquidée le 26 novembre 2013 avec une autorisation de poursuite de l’activité pendant 6 mois., le temps de trouver un repreneur.

Une autre société, Keforest Ingénierie, avait été créée en octobre 2009. La société polonaise dit en avoir été actionnaire. Mais elle a été dissoute. le 19 juin 2013.

Dernier chantier à Rouen

Les 5 ouvriers polonais et leur patron sont arrivés mercredi de Rouen, où ils venaient de finir un contrat pour Keforest. « Le dernier contrat, d’après Michel Stouvenel, chef d’entreprise de Keforest, qui dit avoir versé 2500€ en Pologne à la société pour la payer de ce chantier ». Compte tenu de la liquidation, ils ont craint de ne pas être payé du restant dû.

L’unique entreprise de pose

Le chef d’entreprise de Keforest, Michel Stouvenel, explique avoir démarré l’entreprise en 2005 en n’y connaissant rien en charpente, mais s’être entouré de compétences. Après avoir rencontré l’entreprise polonaise, elle est très vite devenue l’unique société de pose de Keforest. « L’entreprise dépendait de plus en plus de ses diktats ».

2011-2012, Michel Stouvenel dit avoir reconstitué les fonds propres de l’entreprise et espère en 2013 parvenir à une cession qui lui permettrait de ne pas licencier le personnel.

La confrontation tourne court

Après avoir reçu un mail de l’avocat de la société leur laissant entendre qu’un accord à l’amiable était souhaitable, l’équipe polonaise a pensé qu’il serait possible de s’expliquer et  elle s’est rendue à Thiéfosse, mercredi.  Mais les Polonais disent ne pas avoir été reçus. Ils ont fait un sitting dans l’entreprise et ont capitulé vers 18h40, puisque le dirigeant n’était pas là. Ils auraient couché dans les voitures.

Sans violence

« Ils ont séquestré ma sœur, déplore Michel Stouvenel. J’ai appelé les gendarmes, qui ont dû demander du renfort pour les déloger. » Aux dires des gendarmes, une patrouille a constaté le sitting, mais il n’y a eu aucune violence et les ouvriers ont quitté l’usine d’eux-mêmes. Michel Stouvenel assure avoir mis à disposition de la DIRECCTE, tous les documents et proposé de s’y rendre pour rencontrer l’inspecteur.

Le procureur est saisi

Jeudi, l’équipe polonaise a contacté l’inspecteur du travail à Épinal. Ils avaient déjà rencontré celui de Rouen. La DIRECCTE a pris en charge une nuit à l’hôtel et un repas dans le cadre de l’hébergement durgence. Vendredi, c’est la CGT qui a remué ciel et terre pour leur trouver un logement. Ce matin, la CGT a saisi le procureur, pour qu’il y ait une enquête.

80 000 € en 3 ans

La société polonaise déclare que Keforest lui devrait 80 000 à 90 000€ sur 3 ans. « Mais qu’ils le prouvent avec des documents et je paierai, déclare Michel Stouvenel. Mais Zbigniew Przyborowki n’a pas de comptabilité ! »

Zbigniew Przyborowki demande que chacun de ses employés soit entendu par la DIRECCTE. Il ne veut pas être le seul auditionné. Il  défend que Michel Stouvenel aurait constitué une société en Pologne (Maxbud) et débauché ses chefs d’équipes pour évincer ses propres équipes, qui d’après les dires du patron polonais, commençaient à poser trop de questions, exiger des conditions de sécurité et dénoncer trop de dysfonctionnements.

La société polonaise Przybbud Pol en difficulté

De 20 salariés, la société n’en a plus que 12. 8 sont passés sur les nouvelles sociétés polonaises.  Zbigniew Przyborowki dit avoir besoin de récupérer cet argent pour pouvoir prospecter d’autres marchés car Keforest était dernièrement son unique donneur d’ordres.

Chantiers repris par les nouvelles sociétés créées

Les chantiers promis auraient été repris par les 2 nouvelles sociétés créées en Pologne, laissant l’ancienne société Przybbud Pol sans ressources, puisque les ouvriers utilisaient en France, une carte Keforest dont le compte a été bloqué. « C’est comme un mariage, défend Michel Stouvenel. Il y a de belles années et de moins bonnes. La bascule s’est faite au moment, où les commandes sont montées en charge et où les chefs d’équipe l’ont quitté et ont proposé de travailler avec moi ».

Maitre Wirtz, l’avocat de Michel Stouvenel et Maitre Suty, l’administrateur, devraient tous deux pouvoir fournir des documents qui permettront d’éclaircir ce panier de crabes.

 

 

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