Bilan des moissons – Encore une année sans !

B.Boulay 28 juillet 2016 0
Bilan des moissons – Encore une année sans !

Sécheresse l’année dernière, trop d’eau cette année, 60% de plus qu’une année dite « normale », 2016 ne sera pas un bon cru !  Les rendements sont très hétérogènes, la qualité pas terrible et les cours faibles. Un cumul qui devient insupportable, quand il se combine à la crise du lait et de la viande !

Mercredi matin, c’est au Gaec des 3 épis à Auzainvilliers que se faisait ce premier bilan des moissons. Le rendement baisse de 30 à 50% sur les sols argileux, secteurs Mirecourt, Chatenois, Aydoilles et Monthureux ( 40 à 50 quintaux pour 65 qx habituellement). Les sols superficiels du secteur de Neufchâteau s’en tirent un peu mieux, mais Dompaire essuie jusqu’à 50% de pertes avec des parcelles grêlées.

Les céréales n’ont pas aimé avoir les pieds dans l’eau

En règle générale, les céréales n’ont pas aimé avoir les pieds dans l’eau, surtout que l’ensoleillement a tardé ! Cette atmosphère d’humidité a causé des problèmes de fécondation, de remplissage des grains et favorisé le développement de maladies. Les orges brassicoles ont été déclassés et serviront au fourrage avec une perte de valeur. Les colzas accusent une baisse de rendement de 11%.

Qualités déclassées

Pour le blé, les récoltes sont à faible rendement et de mauvaise qualité. « Les épis sont là, mais pas le grain !« , explique Philippe Clément, président FDSEA. Il est possible qu’il faille déclasser le blé meunier en blé fourrager. Les maïs sont en retard, mais la qualité dépendra de la météo de l’automne.

Il n’y aura que la fibre !

Pour l’herbe, la quantité est supérieure aux autres années, mais les prairies ont été noyées et la qualité n’y est pas. En montagne, l’eau ne fait que passer, elle ne stagne pas et la qualité est un peu mieux préservée. « Il y aura de la fibre, précise Jérôme Mathieu, président de la chambre d’agriculture, mais pas l’énergie. Il faudra acheter des compléments protéinés, dont le prix d’achat est en hausse de 30% en moyenne ».

Catastrophe pour le miel

Pour les fruits, rien n’est catastrophique. Les cerises sont attaquées par la Drosophylle japonaise, mais la mirabelle pourrait profiter de la chaleur actuelle. La forêt s’en tire sans égratignure. Par contre, le miel a souffert du printemps humide. « On lance un dossier calamité pour l’apiculture », annonce Jérôme Mathieu. Si on ajoute à ce bilan des cours de céréales en baisse de 20% … ça devient détonnant !

Au bout du rouleau !

« Le sentiment est partagé entre la colère et la résignation, s’insurge Philippe Clément. La situation est noire. Non seulement il a plu, mais il a plu au mauvais moment. On est au bout du rouleau. On a envie de dire « merde ! » On est au bout de ce qu’on peut faire, il va falloir nous dire si on veut encore une agriculture en France ? Les agriculteurs sont-ils un problème ? Aujourd’hui, on fabrique des produits à haute valeur ajoutée, mais il ne faut pas que cette marge aille renflouer des sociétés à l’étranger ».

L’aumône, on dit stop !

et de poursuivre : « L’aumône, on dit stop ! Il faut prendre des mesures pour qu’on vive de notre métier. On risque d’avoir des agriculteurs qui se retrouvent sans toit, ça ne s’est jamais vu ! ». L’automne sera agité. »D’autant plus que puisque nous ne sommes pas en capacité d’honorer les contrats des marchés mondiaux, nous allons les perdre, commente Jean-Bernard Mangin, et une  fois perdus, on ne les récupèrera plus ! ».

La révolte couve …

« Il serait temps que les responsables se mettent vraiment autour d’une table pour prendre la question en main« , déclare Jackie Pierre, sénateur. « On ne peut envisager notre environnement sans agriculture, ni notre territoire sans nourriture, mais jusqu’où allons-nous résister ? s’inquiète Christian Franqueville, député de la Plaine. On comprend bien que quand les agriculteurs n’ont plus rien à perdre, il est difficile d’en maîtriser la révolte ». Ils feront remonter le caractère d’urgence de la situation. « Que le préfet envoie déjà tous ses contrôleurs en vacances, on travaille avec le climat, pas avec l’administration », lance Jacky, tout prêt « à péter un plomb« .

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