Ces Vosgiens qui comptent – Thibaut Leduc, mailler le tourisme vert Made in Vosges

B.Boulay 18 janvier 2015 0
Ces Vosgiens qui comptent – Thibaut Leduc, mailler le tourisme vert Made in Vosges

La montagne et l’hôtellerie, ces 2 univers ont rythmé l’enfance de Thibaut Leduc. Forcément il en reste des traces ! Il possède la station de l’Ermitage à Ventron. Un petit coin de nature où l’on se ressource. Le mot clé est « détente ». Thibaut Leduc veut développer un tourisme qui ne soit pas lié à la météo. Portrait en partenariat avec La Semaine (www.lasemaine.fr)

Thibaut Leduc a passé son enfance au Col de la Croix et ce sont les espaces naturels qui ont rythmé son enfance « J’allais traîner dans les mines ou au fort derrière l’hôtel. On y était toujours fourré. Mes parents travaillaient toujours ! », se souvient-il. L’hôtellerie pour lui est une évidence. « Je n’imaginais pas faire autre chose ! ». Il fait le forcing pour suivre l’école hôtelière de Lausanne, où il y a plusieurs années d’attente. Il lui faudra patienter 4 ans, avant d’y être admis.

 Mon frère était mon idole

Pendant ce temps, son frère, qui était en équipe de France et avait décroché 7 titres de champion de France, s’en fait virer. « J’avais 8 ans de moins. J’étais le petit con qui l’embêtait et c’était mon idole ». Mais le grand frère ne supporte pas son exclusion. Il meurt à 28 ans, laissant sa famille vivre avec ce traumatisme.

Aux commandes

Après des stages en France et à l’étranger, il commence sa carrière comme contrôleur de gestion d’un hôtel de 270 chambres, mais le directeur de l’hôtel se fait virer et il se retrouve à devoir prendre des responsabilités imprévues. « Ça devenait très intéressant ! ».

Altitude !

Montagne toujours, il vise les stations de ski. Il lui faut de l’altitude et de la neige ! A 26 ans, il prend la direction d’un hôtel qui emploie 110 salariés et fait manger 700 personnes, un beau tremplin ! L’hôtel est revendu à Bouygues pour les Jeux olympiques. Il y fait ses armes et y côtoie du beau monde. Mais ses 3 tantes le poussent à reprendre le domaine de Ventron. Il ne sent pas l’affaire et poursuit son initiation dans des grands hôtels, Aix-les-Bains, le Royal au Luxembourg.

A 29 ans, il rachète le domaine familial

Mais les tantes reviennent à la charge. Elles veulent vendre ! L’Ermitage doit son nom à un ermite que les habitants de Ventron avaient pris sous leur protection. Les gens sont venus en pèlerinage. Ce fut le début de la fréquentation. A 29 ans, il rachète le domaine. On est en 95. « On a repris la station à 2 avec ma femme. Ca n’a pas été facile de tout gérer ! On a pris la crise de plein fouet ! Quand on reprend une entreprise familiale, c’est plus long à installer.».

Investir dans le trou du cul du monde

Dans le milieu hôtelier, on le prend pour un cinglé. Mais qu’est-ce qu’il va faire dans ce « trou du cul du monde » ? « Je suis mon propre patron. C’est beaucoup d’engagement et de stress, confie Thibaut Leduc. Et être du cru est un frein. On fait trop partie du paysage alors que tout change tout le temps ».

Où va la neige ?

Il a dû investir dans les buttes (chambres), dans la neige de culture et projette la suite. « On ne sait pas dans 15 ans quelle neige on aura. Avant, on avait un mauvais hiver tous les 10 ans, maintenant, c’est moyen tous les ans, il faut anticiper. Les clients bougent de moins en moins. Ils veulent s’occuper sur place, se balader un peu, mais pas plus. Le leitmotiv, c’est la détente ». Il imagine des musées interactifs, des valorisations de la faune et la flore, des vieux métiers ou de la géographie. « Il faut trouver des activités qui fonctionnent même quand il ne fait pas beau ». La preuve, quand il pleut la boutique de bonbons fait 4000 entrées dans la journée !

Cap sur le bien-être et le ressourcement

Il prévoit de reclasser son hébergement de 2 étoiles en 3 étoiles pour attirer une clientèle plus aisée. Il parle de SPA sportif, de coin de repos zen, de bien être. « Il y a trop de macadam. Il faut remettre l’Ermitage dans son environnement ». Il imagine des stages de cuisine locale avec des produits locaux. « Mais s’approvisionner local, c’est du sport ! ». Ce qui ne l’empêche pas d’escalader les obstacles. « Il faut croire en soi, être un minimum visionnaire, se caler sur une niche et faire une offre bien identifiée ! »

Comme une grande famille

Il aime être entouré de plein de gens différents et c’est l’attrait du métier. Baigner dans un univers humain sans cesse renouvelé. « Les gens sont vite à l’aise ici ». Il mène ses équipes comme une grande famille et ça marche : « Mon personnel me suivrait si je devais partir ».La station, c’est 4M€ de chiffres d’affaires et 150 000€ de bénéfice net, qu’il réinvestit. Pour la saison, les réservations sont bonnes et 60% de la clientèle est fidélisée. Mais il faut se renouveler sans cesse.

Musique Maestro !

Et quand il lui reste quelques instants, il encadre les clubs de ski du secteur et s’enthousiasme de voir les 2300 licenciés progresser les yeux brillants. Et comble de bonheur, s’il a 5 minutes, il met un casque sur les oreilles et écoute de la musique, du blues jazz et pop rock ! … avant de mettre en musique l’avenir.

 

 

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