Le loup, comment gérer ce prédateur protégé qui décime les troupeaux ?

B.Boulay 11 février 2016 0
Le loup, comment gérer ce prédateur protégé qui décime les troupeaux ?

Les 9 et 10 février, la confédération paysanne organisait 2 réunions à Mirecourt et Fresse-sur-Moselle pour parler du loup, du problème des élevages attaqués, des mesures de protection et des indemnisations.

« Le loup, pour les éleveurs, c’est tout simplement invivable ! témoigne Thomas Vernay, chargé du dossier loup pour la Confédération paysanne. J’étais un petit éleveur de 140 têtes. Entre 2010 et 2012, 70 chèvres ont été mangées. Pour moi, c’était trop compliqué à gérer. Il fallait tout le temps établir des rondes de nuit, rentrer les bêtes le soir, les ressortir le matin, … Ce n’était plus l’élevage comme j’avais envie de le faire ».

Loup : une progression de 20% par an

Il y aurait environ 333 loups en France en 2016 sur 42 zones d’après l’ONCFS (office national de la chasse et la faune sauvage). Les projections sur la base d’une progression moyenne de 20% annuelle serait de 700 loups en 2018. « Les loups s’enhardissent, poursuit l’animateur. Ils attaquent de jour, face à l’éleveur, à quelques mètres des fermes ou des cabanes. Ils s’en prennent à des veaux, des génisses et même des chevaux. En 2014, 400 caprins ont été tuées ».

Les petits troupeaux plus en danger

En 2014, l’autorisation portait sur 36 loups qui pouvaient être tués (environ 10% de la population des loups en France). 32 ont été abattus. « Depuis 2010, le nombre de troupeaux attaqués a doublé. Il y a un report des attaques sur les petits troupeaux de moins de 450 bêtes. Les gros sont mieux défendus ». En 2015, 9000 bêtes ont été tuées, constatées et indemnisées en France et 1600 contrats de protection ont été signés. « Mais les mesures de protection sont lourdes de conséquences, c’est environ 800h de travail supplémentaires, ça en décourage plus d’un !« .

Des loups opportunistes et qui s’adaptent

Autre constatation, les loups s’adaptent. Thomas Vernay raconte que 4 agents surveillaient son troupeau. Ils ont monté la garde pendant 4 jours sans qu’il ne se passe rien. Lassés, ils ont remballé à 4h du matin. L’attaque a eu lieu à 5h, décimant 23 bêtes ! « On finit par ne plus penser qu’à la protection. On vit sous pression perpétuelle ». Bien sûr, les éleveurs sont indemnisés, mais un troupeau, ça se construit. Il faut plusieurs années pour avoir un bon équilibre à partir de sélections. L’argent ne remplace pas cette adaptation au troupeau ».

Le remboursement se fait attendre

Les mesures de protection ont leurs limites. Elles peuvent être financées à 80%, mais l’État peine à payer. « Ce sont des dépenses obligées, corrige un éleveur. Ce ne sont pas des aides, juste des compensations pour une dépense qu’on nous oblige à faire. L’État me doit 14000€. Je n’ai pas pu faire l’extension de mon bâtiment pourtant trop petit pour l’agnelage. Mais les traitements des dossiers sont de plus en plus longs ».

Les clôtures n’empêchent rien !

« Les éleveurs ne savent pas forcément poser des clôtures électriques livrées sans beaucoup d’explications », rapporte le représentant Meuse Nature Environnement. « On ne peut pas non plus demander aux éleveurs de les installer à n’importe quel moment, alors que les bêtes sont déjà au pâturage », insiste Marc. « Et ces clôtures n’empêchent pas le loup de se servir. Il n’entre plus dans le parc, mais il parvient à faire sortir les brebis paniquées et les attaque à l’extérieur ». Opportuniste et rusé ! Il y a environ 2000 chiens Patou en France, mais même les chiens sont attaqués par les meutes. Autre revers de la médaille, il y a 3 procès en cours parce qu’ils ont mordu des touristes.

Des bêtes qui maigrissent et le sol qui se délite

Les éleveurs sont obligés de rentrer les bêtes à la bergerie la nuit. Elles ne mangent plus comme elles le font la nuit en été par fortes chaleurs. Elles perdent du poids … Il faut ensuite faire les allers et retours surtout si le parc n’est pas près de la bergerie. Ce sont des piétinements, des transports. « On a remarqué que les sols s’érodaient à force d’allées et venues ». Et puis, comme il n’y a plus moyen de laisser les bêtes sans surveillance, l’éleveur doit trouver un moyen de les parquer  le temps de faire le fourrage.

Le risque est d’arriver à des élevages qui ne sortent pas

Dans les Vosges, c’est 35 dossiers de protection contractualisés, 5 en plaine et 30 en montagne pour 226 000€. Il y a 8 chiens pour protéger les troupeaux et 6 aides bergers. Le département a subi 65 attaques en 2015 (contre 25 en 2014) et compte 141 victimes. « Le risque est d’arriver à favoriser les gros élevages où les bêtes ne sortent plus et sont nourris de granulés, comme on l’a fait avec les poules », alerte La confédération paysanne. »On va être obligé de faire pâturer nos bêtes sur les ronds-points. Elles seront protégées ! », suggère un éleveur de montagne, remonté.

Déclasser et piéger

La Confédération paysanne veut déclasser le loup, pour qu’il ne soit plus espèce protégée et autoriser les actions de piégeage menées par les services de l’État pour tuer les loups qui déciment les troupeaux uniquement. « C’est un équilibre naturel comme en Italie, où aucun tir de dérogation n’est demandé mais ça se règle en dehors de la législation. En Espagne, on enferme les animaux dans des cages en ferraille, mais ils galèrent aussi. Quant au Kurdistan, rien n’empêche les loups d’approcher des élevages, mais ils sont chassés librement ». Le syndicat entend aussi sensibiliser les populations urbaines, pour qu’elles comprennent la problématique et l’enjeu des élevages.

Commentez l'article »