Bure – De la dynamite en radionucléides !

B.Boulay 18 octobre 2016 0
Bure – De la dynamite en radionucléides !

La conférence de Bertrand Thuillier, ingénieur agronome et docteur es sciences, pointait samedi les dangers cumulés du projet d’enfouissement des déchets nucléaire Cigeo à Bure. Pour lui, il y a de quoi faire de l’Est la poubelle de la France et polluer tout le Bassin parisien pour un million voire un milliard d’années !

« Bure, c’est mettre la poussière sous le tapis pour ne plus la voir« , déclare le conférencier, Bertrand Thuilliez. Ces déchets nucléaires sont une vraie plaie. Tout le monde en a bien conscience, mais personne ne sait quoi en faire. « Comment gérer des produits d’une nocivité des plus virulentes et qui ne s’éteindra que dans des millions d’années ? Rien, pas le moindre début de solution à cet angoissant problème de société, d’où le pis-aller dans lequel s’engouffrent tous les pays nucléarisés : enfouir ces poisons, avec la croyance que l’on serait protégé de la mortelle radioactivité » pointe le CEDRA (comité de lutte contre l’enfouissement des déchets radioactifs) et … laisser le problème aux générations suivantes.

240 000 fûts d’une extrême radioactivité

Bure, c’est un projet de stockage de 80 000 m3 de déchets hautement radioactifs (moyenne et longue vie) à 500m sous terre. Ils seront enfouis dans le sous-sol d’un petit village de la Meuse qui compte moins de 100 habitants et se trouve à la limite de la Haute-Marne. Le projet prévoit un réseau de 300 km de galeries sur 15km2 avec un transfert de déchets prévu sur 140 ans avant l’obturation définitive du site. Pendant 140 ans, on chargera les alvéoles de ces galeries. Il est prévu de manipuler 5 à 6 colis par jour du fait de leur dangerosité. 240 000 fûts devraient y être stockés. On estime qu’il faudra 10 000 trains de 10 wagons pour les acheminer.

Un projet de 25 milliards d’€

Le début des travaux est programmé pour 2017 et les premiers colis arriveraient en 2025. Le coût du projet a été fixé par Ségolène Royal, Ministre de l’environnement, à 25 milliards d’€. L’Andra l’avait estimé à près de 35 milliards d’€. L’estimation de l’électricité nécessaire au fonctionnement de Cigéo est évaluée à 4 milliards d’€. Il faut donc produire du nucléaire pour gérer les déchets qu’il génère. Et les combustibles usés (MOX,  URE) ne sont pas pris en compte dans ces estimations car ils sont considérés comme valorisables.

300ha d’installations

Le centre industriel de stockage géologique de Bure comprendra sur 300 ha, un terminal ferroviaire à coté de Saudron et 3 zones d’exploitation, un entreposage où seront stockés les déchets le temps nécessaire à leur refroidissement et une usine de reconditionnement pour leur donner le format définitif (retrait de l’enveloppe et remise dans des bidons étanches). Une zone appelée la « descenderie » avec une galerie d’environ 3 à 5 km en pente douce pour transporter les colis de la surface aux galeries souterraines de stockage, une zone de puits pour descendre le matériel, les engins et le personnel.

Une roche saturée d’eau et friable

Enfin, il y aura une zone de verse pour mettre les millions de m3 de roches excavées. « 3000ha ont été achetés par la Safer alors que sur le plan 500ha sont nécessaires, ça pose question, remarque le conférencier. Le site est implanté sur un sol en argilite. C’est une roche saturée en eau et friable. Il faudra donc un soutènement métallique important. D’ailleurs, un pan de roche s’est déjà effondré en 2015 lors de la construction du labo et la galerie ne faisait que 6m !

Risque d’explosion

« L’eau va se combiner avec les acides corrosifs (radiolyse des colis) et produire de l’hydrogène, et 5000m3 d’hydrogène équivaut à 2kg de TNT, explique Bertrand Thuillier. Les Alvéoles vont être fermées avec de l’argile bentonite. La pression ne sera pas suffisante pour que l’hydrogène entre dans la roche, il va donc se répandre dans les galeries. Ça devient explosif. C’est un problème connu de l’Andra. Avant 2012, il n’était pas question de ventilation sur la galerie de descente, mais c’est nécessaire pour éviter l’explosion qui se produit dès que l’hydrogène dépasse 4% ».

Risque d’incendie

« Les gaz radio-actifs seront donc également évacués et rejetés à l’air libre par des cheminées de 10m de diamètre ». Autre danger, les risques d’incendie. « L’hydrogène est un combustible. Le bitume aussi (il y en aura 9700T). Leur combinaison multiplie les risques d’incendie. Il suffirait d’une étincelle d’une batterie défaillante, d’une surchauffe d’un moteur ou d’un court-circuit des systèmes de surveillance pour qu’un incendie se déclare. Aux États-Unis, (au centre militaire d’enfouissement de déchets du Nouveau-Mexique), ils ont connu 2 incendies à 15 jours d’intervalles en 2014 et ça leur a coûté 2 milliards d’€« .

Un an pour contaminer le bassin parisien en cas d’infiltations

Les alvéoles seront irradiantes dès le 1er colis déposé. Il ne sera donc plus possible d’intervenir, si un colis s’avère défectueux, si un bidon bascule ou si le feu se déclare dans une galerie. « Les autorités tiennent-elles vraiment à faire cohabiter à 500m sous terre, l’hydrogène, le bitume, des gaz très radioactifs, une ventilation, et des batteries ? Et prendre le risque que des infiltrations radioactives contaminent l’eau ( l’installation comprend des pompes de relevage) ? Il ne faudra pas plus d’un an pour atteindre le bassin parisien.

Et l’eau embouteillée ? Et le champagne ?

Indépendamment des risques importants de contamination de l’air et de l’eau, des risques d’explosion et d’incendie, il y a une mise en danger économique. Ces rejets radioactifs risquent de ruiner la réputation de l’eau de Vittel, Contexéville et Hépar ou du Champagne. Est-ce vraiment ce que l’on veut ? Les conséquences seraient désastreuses pour la France ! L’alternative pour le conférencier serait un entreposage à sec en subsurface avec une ventilation naturelle dans des casemates de béton près des centrales pour éviter les transports et tous les risques liés, le temps nécessaire à trouver des solutions alternatives.

 

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