Myriam Donasis : « J’ai envie de public ! »

B.Boulay 25 février 2013 0
Myriam Donasis : « J’ai envie de public ! »

Myriam Donasis est la réalisatrice d’ « Histoire belge», l’histoire d’un couple de 2 femmes dont l’une veut un enfant et qui choisit la procréation médicale assistée à l’étranger. Une histoire qui tombe en plein débat sur le mariage pour tous et aborde le sujet avec humour et naturel. Rencontre.

 

–       Qu’est-ce qui a déclenché une envie de faire un tel sujet ?

–       J’aime les sujets sociaux. Et ce sont des témoignages autour de moi en 2008, qui m’ont donné envie d’en parler. C’est une problématique qui ne date pas d’aujourd’hui et qu’on aborde d’une drôle de manière. Mais c’est le pur hasard qui m’a rattrapée et qui a fait que la sortie du film coïncide avec l’actualité. Tant mieux !

–       Pourquoi ces témoignages ont-il retenu votre attention ?

–       4 pays acceptaient les couples homosexuels en 2008, seulement 4. ! Je suis quelqu’un en perpétuelle colère. Quand quelque chose m’énerve, il faut que j’en parle. Mais le hasard fait bien les choses et ça ne doit pas être anodin que je me sois attachée à ce sujet à ce moment-là. Mon sujet sur les sans domicile fixe était aussi sorti au moment de l’installation des tentes.

–       Pourquoi avoir choisi d’aborder le sujet par un court métrage ? Une fois au cœur du sujet, on attend la suite…

J’ai d’abord écrit un long métrage, puis j’ai cherché des producteurs. Finalement après bien des détours, j’ai soumis un scénario court métrage, mais je cherche toujours de l’argent et un producteur pour mon long métrage. L’argent est le nerf de la guerre, de la création aussi ! Pour le court métrage, j’ai travaillé sur la longueur, placé l’action dans la frontalité et joué sur la rythmique. Sur un long métrage, je mettrai plus de nuances, de sensibilité, je l’enroberai. Il faudra arrêter le temps.

–      Histoire belge, c’est une comédie à 2 niveaux de lecture ?

–     J’ai voulu traiter un sujet sensible et grave avec un humour décalé, pince sans rire. J’ai raconté une histoire à double lecture, qui dise les choses avec délicatesse, fasse sourire, tout en dénonçant. On est tout le temps sur le fil pour garder le ton juste. Et puis l’histoire se passe en Belgique, parce qu’il faut s’exiler pour avoir un enfant, quand on est un couple de femmes et c’est toute une histoire !

–      Juliette Poissonnier est d’une grande justesse, drôle et touchante, c’était une évidence ?

–     Quand j’ai vu Juliette Poissonnier, j’ai su qu’elle était Muriel. Je cherchais quelqu’un de franc du collier, solaire et drôle, avec une certaine fragilité. Emmanuelle (Lily Bensliman) est plus abrupte, plus écorchée, également très juste dans son jeu. Ce que je raconte, c’est avant tout une histoire d’amour, une histoire de couple avec des rythmes différents, des envies d’enfants ou non, des contraintes biologiques. Je suis quelqu’un qui aime profondément la vie.

–       Et qu’est-ce qui vous met tellement en colère dans cette histoire ? quel est le message que vous voulez transmettre ?

–       Qu’il y ait un tel blocage ! La société évolue. Un couple sur deux divorce, c’est un fait ! Les enfants ne vivent plus forcément avec leur père et leur mère. Les enfants d’homos existent. Pourquoi faut-il que ce soit si compliqué ? La famille n’est pas que génétique. Et quant on forme un couple, on veut construire une famille, c’est dans la logique de la transmission et on accepte une part de risques.

–       Qu’attendez-vous de ces soirées de diffusion ?

–       Le film a été élu Grand Prix du Jury (Palmier d’Or) à Hyères-les-Palmiers, Prix du Public à Cinéffable. Il a été diffusé en avril sur France 2. Il a été présenté à Gérardmer et à Epinal. On lui fait bon accueil. J’ai envie de sentir le public me suivre. J’ai besoin que le film plaise, qu’il pose des questions, et que chacun puisse réfléchir à ce sujet en son fond intérieur et me renvoyer son ressenti. Je veux du monde et j’ai été contente de la soirée d’Epinal le 19 février, parce que le public était au rendez-vous,.

–       Et ce tournage en Lorraine ?

–       Je connaissais un stagiaire qui  était en contact avec Supermouche. La production vosgienne m’a tendu la main. Comme je suis Lorraine, ça me faisait plaisir de tourner dans ma région. Quand je tourne, il faut des moyens techniques et l’accueil des équipes. J’aime le cocooning. Si ça dure, on se perd dans un hôtel et j’aime bien pouvoir rentrer chez moi le soir. L’avantage de Paris, c’est qu’on a tout sous la main. Je ne sais pas si la Province pourra offrir les mêmes avantages. Pour ce tournage, ça s’est bien passé. Je trouve bien que des privés aient voulu décentraliser, mais pour moi, le Pôle Images reste abstrait, sûrement parce qu’il est en construction. J’ai juste compris qu’il focaliserait des réseaux et j’attends de voir ce qu’il peut offrir.

A Épinal, le pari est gagné. Le public a suivi et aimé le film, sa justesse, sa drôlerie, la façon de dédramatiser et faire rire d’un sujet lourd.

 

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