Festival – De Courts en Courts !

B.Boulay 11 septembre 2017 0
Festival – De Courts en Courts !

Samedi soir à Épinal, le nouveau Festival Regards sur Courts présentait une sélection spéciale. Un vrai coup de jeune avec des créations plus expérimentales qui cherchent les émotions, le ressenti subtil, la force d’évocation ! Le son et la technique deviennent des univers vibratoires qui conduisent la perception à son apogée.

Le Festival de diaporama est un des plus anciens rendez-vous de ce type, mais il a pris pour cette édition un vrai coup de jeune ! L’innovation fait fort, que ce soit dans la prise de vue, les techniques d’animation ou le son. Ce moyen d’expression en se rapprochant des techniques cinématographiques offre une plus grande liberté de ton et gagne en puissance d’évocation !

Arrêt sur image

Le rythme se module d’arrêts sur image fixe pour forcer le spectateur à porter son attention sur un détail, un angle. C’est une écriture plus subtile qui cherche à faire jaillir les émotions, à faire résonner les perceptions. Parmi la sélection 2017, 2 courts photos ne sont pas inconnus. Le monsieur aux souliers Pécari de Ricardo Zarate et le dernier éléphant par Gruppo Giefesse ont déjà été présentés lors d’une édition précédente.

La vérité est une illusion !

Dans « Ce soir je serai toi » de Denys Quelever, les plans extrêmement serrés et partiels, un oeil, un nez, un va et vient de regards, une main … donnent une impression d’écrasement, de fatalité. On est dans une ambiance surréaliste. « J’ai vu et je sais » … Mais quoi ? Une herboristerie, une potion initiatrice, des hommes qui ne résistent pas à ce passage, un autre qui cherche des réponses aux archives. Un lustre fascinant et grandiose, des suites de numéros sans fin … le jeu de la vie, le temps qui passe. « Un accord entre le conscient et l’inconscient ».

L’insoutenable …

KL de William Henne et Yann Bonnin est torturant. Une musique dissonante, des lumières stroboscopes qui n’arrêtent pas de sauter, un mouvement strident puis un arrêt sur image. On croit retrouver la sérénité, mais le mouvement reprend, insupportable ! Le malaise transpire. Pas besoin de parler de mort, d’extermination, de fours et de camp de concentration pour comprendre ! On a juste envie que ça s’arrête !

La face cachée du monde

Thomas Rapenne tourne le dos à l’hypocrisie dans un clair obscur savamment dosé. Face cachée du monde, transformations éphémères à l’image d’un caméléon, càhacun de dévoiler sa part de sombre. Du noir et blanc pour l’épure, gravité sans fondement, l’hypocrisie n’a pas de visage ! Une vraie maîtrise de l’image et des mots. De l’esthétisme, du dénuement profond, même si comme l’explique l’auteur, ce court métrage à budget zéro a été fait dans un garage en une après-midi !

Le manteau rouge au milieu de la voie

Spår de Gunnar Bergdahl et Annica Carlsson Bergdahl, poursuit la série noire et dérangeante. Un train qui roule, vite, des lignes, des perspectives, des feux et des voix qui racontent ce manteau rouge au milieu de la voie, ce regard qui vous accroche puis vous lâche juste avant le choc, ces pensées décalées qui traversent l’esprit pour obstruer que c’est une vie qui s’échappe et que vous  conduisiez. Ils racontent … C’est juste et ça vous prend aux tripes !

Dérision et vaudeville

Un peu de dérision acidulée avec le thé sucré de Philippe de Lachèze-Murel pour relâcher la tension et le grand bain de Trouville de Christine Calais et Kris Tofy, pour accentuer le sourire. Vaudeville de 1900 avec les réseaux sociaux de l’époque. A Trouville, c’est un baigneur qu’on réserve ! Une tranche de vie jusqu’au dernier voyage avec the loop de Gruppo Giefesse et l’immense retour de Manon Coubia, léopold d’or à Locarno en 2016. Une femme qui dort dans un drap blanc comme la neige, quand un serac emporte son amant.

Comme si le temps s’était arrêté …

La montagne se déchaîne, tremblement, grondement ravageur, dévastation d’un pan de glace qui dévale et emporte tout sur son passage. Ça dure « comme une agonie ». La position de la femme ne bouge pas, comme si le temps s’était arrêté, mais ses cheveux prennent des reflets argent. Le vide dure une éternité, révélant un trait dans la neige, un détail … une main … un dos, comme pour Georges Mallory mort le 8 juin 1924 près du sommet de l’Everest et retrouvé en 1999.


 

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